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Juil 07

Carthage-Montpellier-New-York

Le Temps Libre #195 – 15 février 1995 – Jean-François Bourgeot

Mamdouh, doux…

Son axe à lui, c’est Carthage-Montpellier-New-York. « Je ne pourrais pas me passer de la Tunisie, de New-York non plus ». C’est sans doute pour cela que Mamdouh Bahri, nourri d’abord au son du luth traditionnel avant de tomber en arrêt sur une pulsation de George Benson, a choisi il y a quelques années de vivre à Montpellier. Montpellier comme rivage de la Méditerranée évidemment, comme port d’attache aussi d’un jazz qui sait défendre bien sa peau, de Marre en Lavigne, de Pansanel en Gouirand, de Llabador en Torreglosa, etc…

Le 12 mai prochain, Mamdouh fêtera un anniversaire : les vingt ans de sa première gratte, une électrique demi-caisse, poliment polyvalente sur le manche de laquelle il fit ses premières armes, avant même de connaître l’histoire de la musique occidentale. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’on trouve une clef de la musique de Mamdouh Bahri, musique qui, en douce, comme un vol à la tire sans violence, associe en pleins et déliés généreux les braves plans du blues et l’écho sans fin du désert, l’héritage du jazz et la volute arabisante.

Amoureux d’abord d’une forme – « J’ai aimé la guitare dans une vitrine avant même d’en avoir entendu le son » – et piquant ça et là, à sa façon nécessairement marqué par la culture arabo-andalouse, en faisant travailler sa mémoire, Il bouffe d’abord de la reprise avec avec un groupe plutôt rock et découvre le jazz avec émerveillement en 77. « J’ai retrouvé tout de suite le même fonctionnement de l’improvisation que dans certaines musiques arabes. J’étais très séduit, c’est quelque chose que je comprenais spontanément. Je pense que je suis aujourd’hui arrivé à un équilibre quant aux influences du jazz et de la tradition orientale et je ne me pose plus vraiment de question là dessus ».

Pas de question non plus quant aux formules. Ce qui compte pour Mamdouh, qui soit dit en passant regrette la perte d’une certaine convivialité du milieu jazz du Montpellier d’il y a dix ans, ce sont les rencontres. « Ce que je recherche c’est jouer avec un instrumentiste qui m’intéresse ». En partie satisfait par ses fréquents voyages aux Etats- Unis où il rejoint le Spirit of Life Ensemble, le guitariste a tout de même des préférences quant aux sons. Les tessitures proches de la voix humaine, comme celles de la flûte alto, du sax alto et du violoncelle l’attirent particulièrement. Normal pour ce doux humaniste dont la musique, non dénuée d’énergie, sait donner dans l’éclat mais renonce à la virulence. Avec Nefta (1), deux soirs de suite, de nouvelles compositions vous attendent. Profitez-en.

(1) René Nan (percussions, batterie), Francis Balsamo (basse), Rachid Sbaï (congas), Hédi El Bakri (Derbouka), Mamdouh Bahri (guitare)

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